Accord dans l'impulsion initiale (2011)

D'après : Franz Kafka

Conception et mise en scène : Géraldine Bourgue


L'aspect de la scène très simple qui aussi muette que nous attend les acteurs. Comme elle devra suffire à tous les événements, avec ses trois murs, sa chaise et sa table, nous n'attendons rien d'elle ; au contraire, nous attendons les acteurs de toutes nos forces et c'est pourquoi nous sommes irrésistiblement attirés par les chants qui derrière les murs vides, préludent à la représentation.




Le Journal, 6 octobre 1911

Certains aspects de l'oeuvre de Kafka (l'importance du fragment, le recours à la parabole, la récurrence de certains thèmes, etc.) m'ont donc semblé ouvrir un champ de réflexion particulièrement fertile autour d'un matériau propice à la pratique de formes théâtrales auxquelles je suis sensible. Celles qui s'appuient sur l'improvisation, le travail de groupe, la transversalité et l'exploration de figures stylistiques telles que, l'abolition de la fable, la déconstruction, la répétition, la variation, l'ellipse, le collage, le sampling, etc.

C'est donc ainsi qu'est née l'idée de travailler sur de simples fragments, de les "travailler" au sens littéral, de rendre compte, par leur juxtaposition, de ruptures et de continuités présentes dans l'oeuvre de Kafka et qui peuvent se développer à l'infini.

De part la nature du projet, j'ai choisi de diversifier les formes d'expression mises en jeu sur scène, en convoquant danse, vidéo, musique et jeu. Premièrement cela nous permet de multiplier les approches autour de différentes dimensions de l'oeuvre, deuxièmement, la question du dispositif - celui-ci considéré comme vecteur d'une représentation scénique de l'oeuvre de Kafka - devient centrale.

Je ferai donc appel à un vidéaste, un danseur-chorégraphe et un ingénieur du son. Chaque discipline sera d'abord considérée comme un espace clos. Un univers étanche dont nous allons délimiter le territoire. Nous allons d'abord constituer une sorte de "palette" d'images, de sons, de gestes, de mots en référence et en associations aux textes que j'ai déjà sélectionnés. Puis nous créerons des interférences, des dialogues, des passerelles. L'essentiel étant que le Théâtre soit le point de fusion de ces différentes disciplines.

L'objectif est de créer des glissements d'une scène à une autre, d'un personnage à un autre, d'une scène à une séquence vidéo, d'un élément sonore à une mélodie, d'une mélodie à une phrase etc... des collusions, des récurrences, des variations, des échos. Mais des relais aussi, une même unité narrative, pouvant être prise en charge, de manière éclatée, par plusieurs disciplines. Ainsi, convoquer un mode de création et des outils qui s'affirment clairement dans une perspective esthétique d'aujourd'hui, pour les mettre en rapport avec l'univers de Kafka, c'est faire le pari d'un traitement théâtral et contemporain de l'écrit kafkaïen. Or, Kafka, en dehors de très brefs récits dialogués, nʼa jamais écrit une seule ligne de théâtre et se réclamait d'une tradition littéraire plongeant ses racines dans la littérature du XIXème.

Considérant donc ces paradoxes liés, tout autant, à la place particulière qu'occupe Kafka dans l'histoire de la littérature qu'à certains mécanismes en jeu dans les pratiques contemporaines, Accord dans l'impulsion initiale, dans son aboutissement, portera la marque de nos choix et du chemin que nous emprunterons au cours du travail : restituer certains aspects essentiels de l'oeuvre, ou se laisser engloutir par le dispositif.